23 oct. 2013

La vie d'Adèle



Je suis rentrée à minuit et je n'ai pas dormi. Les grands films me filent des insomnies.
Dernièrement j'ai pleuré ma dada d'Algérie toute une nuit après Camille redouble, j'ai eu la haine d'une société si injuste après Django, j'ai eu des vertiges après The tree of life, je me suis fichue la trouille après Les Biens Aimés et je me suis fait des promesses après Un conte de Noël...

Hier donc insomnie après les heures passées avec Adèle, Emma et Kechiche. Trio magistral.
Trio sublime qui met au monde ce condensé de vie, d'amour et d'art.

A l'orginie, il y a la naissance d'une femme. "Je suis  femme" dit une élève en cours de français. Elle lit "La Vie de Marianne" de Marivaux et tout le film s'enracine dans cette phrase.
A l'origine, il y a la bouche d'Adèle qui engloutit les spaghettis, qui lèche son couteau, qui reste entre ouverte la nuit quand elle dort comme un bébé, qui ravale ses larmes, qui happe les seins d'Emma, son sexe, qui vient lècher son nez qui coule... Adèle si singulière.
A l'origine, il y a les yeux d'Emma qui scrute et jauge, qui évaluent et dictent le dessin à sa main... Emma l'artiste qui regarde le Beau, qui regarde loin, Emma qui regarde de haut aussi.
A l'origine, il y a la peur du vice et de la différence, les heures à attendre à la fenêtre, le vide que créé l'absence de l'être aimé. Adèle aime la fille aux cheveux bleu qu'elle a croisé un après-midi d'automne. Elle l'aime mais ne se l'autorise pas.
A l'origine, il y a une histoire d'amour entre deux femmes. Je t'ai dans la peau. Des nuits et des jours au lit, la fusion.
A l'origine, il y a une histoire de classe. De salle de classe où le savoir se transmet. De classe "socialement ouverte" où l'homosexualité n'est même pas un sujet et l'autre, et l'autre, "la classe étroite" où elle n'est même pas envisageable.

Et puis comme dans  les histoires d'A, il y a le moment où l'amour bascule. La vie d'Adèle sans Emma.
La vie d'Adèle... vide... si vide de vie.

Je n'ai pas dormi. J'ai repensé à ses heures de fin de lycée où l'on choisit sa voie... au coeur qui bat, au coeur qui lâche. A l'Amour qui vous change, à ce que l'autre vous apporte, comment ça nourrit cette alchimie.

Je n'ai pas dormi. J'ai repensé à la caméra de Kechiche, à sa façon de fimer les visages et les corps, la ville et la lumière, les émotions d'une vie.

A l'origine du monde, "je suis femme" et ce film contient l'humanité.

10 commentaires:

  1. Superbe critique . Superbe film sans doute ; mais trop bouleversant a bien des égards surement;

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  2. Moi j'ai bien dormi... mais pendant le film :))
    Je n'ai pas ta sensibilité sûrement, et le coeur de toutes façons très sec en ce moment.
    Bises,
    Alexanda

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  3. Pffffiiiiiiiooouuuuu ce que tu en dis, comment tu l'écris.
    Il faut que j'aille le voir.

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  4. Les grands films te filent peut-être des insomnies mais te font tout aussi sûrement écrire de fantastiques critiques (je me souviens parfaitement de celle de Camille redouble).
    Bon bon, je n'aime pas Kechiche, j'ai du mal avec Seydoux mais je sens que je vais y aller quand même...

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  5. Cela faisait des mois (des années ?) qu'un film ne m'avait pas tant bouleversée...il m'a suivi tout le début de semaine, j'ai envie d'en parler et d'en entendre parler encore et encore...

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  6. Grand film! Un film qui marque son empreinte! Je vis maintenant avec ce film, on n'en sort pas indemne comme d'une rencontre! Film d'amour, de classe, de choc des cultures... la scène de la fête d'Emma m'a bouleversée. Palmes pour Kéchiche et les deux actrices amplement méritées!!! Et quand même mention plus que spéciale à celle qui est de tous les plans: Adèle Exarchopoulos!!!
    (et on ne pourra jamais plus voir et mangé les spaghettis bolognaises de la même façon maintenant! ;-)) Bise bise

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  7. On sent à travers tes mots l'intensité des émotions que dégage ce film

    M.Bohème y est allé, pas moi... j'ai toujours un peu de mal à me retrouver dans une salle de cinéma avec plein d'inconnus* et devoir gérer mes émotions... car je ne peux pas pleurer en public, je ne suis pas à l'aise et très gênée (c'est bête mais c'est comme ça!)... j'ai besoin d'être sur mon canapé/ ds un lieu connu et rassurant et seule... bref, je rate parfois des films forts tels que 'la vie d'adèle' que pourtant j'aurais envie de voir...

    *(même si je vais dans mon cinéma indépendant de quartier, donc on n'est pas des milliers)

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  8. Trois heures avec Adèle, Emma et les autres. Dans la vie d'Adèle, tellement dedans. Et puis dehors, dans notre vie retrouvée, mais avec ces images, ces regards, ces mots et ces lumières, intensément. Au delà, pour des heures... Du grand cinéma.
    Des baisers

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